Le veilleur du jour Jacques Abeille (Auteur)
«Sur toute la contrée, depuis les rebords amers du plateau dont les flancs se craquelaient de combes où les torrents menaient sans relâche leur tapage jusqu'aux mornes pentes des Hautes Brandes dont les sentes s'engonçaient sous des arceaux d'aubépines tassées comme des fous rires et, entre les deux, bien sûr, sous les denses nuées de la forêt qui...
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Description de Le veilleur du jour
«Sur toute la contrée, depuis les rebords amers du plateau dont les flancs se craquelaient de combes où les torrents menaient sans relâche leur tapage jusqu'aux mornes pentes des Hautes Brandes dont les sentes s'engonçaient sous des arceaux d'aubépines tassées comme des fous rires et, entre les deux, bien sûr, sous les denses nuées de la forêt qui étirait ses membres gourds au vent soudain tiédi, sur toute la contrée, en tout lieu et tout asile et même sur l'onde sans remords, cette odeur verte comme une femme. Et, quand le vent se suspendait, le goût sauvage du silence.»
Écrit en 1976-1977, le Veilleur du Jour fut publié chez Flammarion en 1986 dans la prestigieuse collection «l'Age d'or». À la fois roman d'énigme, récit d'aventures et livre de mémoire, tissé de relations métaphoriques à la littérature et au tarot divinatoire, ce deuxième volume du Cycle des contrées (après les Jardins statuaires ! est aussi une réflexion prémonitoire sur le pouvoir et ses ambiguïtés.
«Jacques Abeille, ce "piéton de Bordeaux", calligraphie sa ville de ses déambulations romanesques. De la place de la Victoire à l'esplanade des Quinconces, des "cours" aux "barrières", ses périples urbains éveillent une ville latente dont lui seul a la clé. À l'insu des passants, quand il marche dans Bordeaux, il traverse en fait Terrèbre, cette mégalopole qui est le lieu de son second roman : le Veilleur du Jour.»
J.-D. Wagneur, Libération 11986)
Jacques Abeille
Né en 1942, orphelin en 1944, recueilli par un oncle haut fonctionnaire dont il suit les pérégrinations à travers la France jusqu'à l'été 1959, où il débarque a Bordeaux venant de Guadeloupe. Découvre le surréalisme et intervient dans la revue La Brèche. Fréquente le peintre érotique Pierre Molinier. Membre du groupe surréaliste bordelais Parapluycha. Études supérieures de psychologie, philosophie et littérature ; puis professeur agrégé d'arts plastiques. Père de trois enfants. (La Nouvelle Revue moderne.)
Extrait du livre :
La porte se referma net derrière lui. Il fit quelques pas hésitants, puis se souvint du flotteur de pêche et se ravisa. À l'autre extrémité de la rue qui à cette heure baignait dans une lueur d'aube glauque, il entrevit une silhouette furtive qui, d'un saut de côté, se mettait brusquement à l'abri d'une encoignure. Mais son attention était toute à la porte de la boutique qui était close définitivement puisqu'on avait même ôté le bec-de-cane. Il repartit, se sentant un peu stupide avec ses cahiers et ses crayons, et frustré du seul objet qu'il eût vraiment désiré. Les rues étaient de nouveau désertes ; il s'était laissé fasciner par l'antiquaire, alors qu'il vivait son dernier jour de congé, peut-être. Mais son humeur avait changé, il se sentait plus léger et plus dispos ; le temps passé au milieu des bizarreries n'avait pas été perdu et même il avait eu tort, songeait-il, de ne pas savoir dans l'instant profiter du divertissement qu'on lui offrait. Il est vrai que les deux autres devaient compter sur la stupéfaction des clients pour mener leur petit jeu scabreux. Et déjà il se mettait sur la pente des interprétations et des enjolivures qui lui fourniraient la matière d'un récit pour son amante. La servante, elle, avait passé la journée dans la basse salle de l'auberge. Et cette absence de nouveau l'habita. Ainsi marchant, il atteignit bientôt une rue, plus large que les précédentes, que bordait, sur l'autre trottoir, un long mur assez triste qu'il ne put se résoudre ni à approcher, ni à perdre de vue. Il alla donc sur la droite, selon la pente de la rue, et aboutit à une place ombragée par des platanes. En face, le mur s'interrompait sur une haute grille au-delà de laquelle on voyait s'étendre jusqu'aux murailles de la ville, qui semblaient clore le fond du champ, un immense cimetière absolument désert. Et, lorsqu'il se retourna, il se trouva vis-à-vis d'un haut édifice à ordres superposés. Jusqu'au fronton cintré, trois levées de pilastres soutenaient des corniches saillant sur leur entablement. La porte elle-même présentait au linteau un fronton courbe au-dessus duquel se voyait une table noire - de marbre peut-être - dont il ne put déchiffrer l'inscription non plus que celle du bandeau, noir également, qui courait sous la seconde corniche. Au deuxième niveau s'ouvrait un édicule à niche concave avec figure dont le cintre interrompait la troisième corniche. Sur cette dernière, l'attique ne comportait plus que deux pilastres jumelés, gainés et historiés, complétés d'un aileron cyclopéen dont la volute basse portait un pot à feu. La quatrième corniche qui les sommait était rompue à son tour par les volutes supérieures d'un blason écartelé qui, à l'aplomb de la porte, faisait le coeur de l'attique. Et, sur le grand cintre du fronton, le ciel gris allait se perdre dans les hauteurs ultimes. Mais à terre, autour de l'édifice et jusqu'entre les murs boutants, verdoyait une prairie plantée d'arbres épais : les bocages de la mort. Il était vis-à-vis de son temple hautain.
Écrit en 1976-1977, le Veilleur du Jour fut publié chez Flammarion en 1986 dans la prestigieuse collection «l'Age d'or». À la fois roman d'énigme, récit d'aventures et livre de mémoire, tissé de relations métaphoriques à la littérature et au tarot divinatoire, ce deuxième volume du Cycle des contrées (après les Jardins statuaires ! est aussi une réflexion prémonitoire sur le pouvoir et ses ambiguïtés.
«Jacques Abeille, ce "piéton de Bordeaux", calligraphie sa ville de ses déambulations romanesques. De la place de la Victoire à l'esplanade des Quinconces, des "cours" aux "barrières", ses périples urbains éveillent une ville latente dont lui seul a la clé. À l'insu des passants, quand il marche dans Bordeaux, il traverse en fait Terrèbre, cette mégalopole qui est le lieu de son second roman : le Veilleur du Jour.»
J.-D. Wagneur, Libération 11986)
Jacques Abeille
Né en 1942, orphelin en 1944, recueilli par un oncle haut fonctionnaire dont il suit les pérégrinations à travers la France jusqu'à l'été 1959, où il débarque a Bordeaux venant de Guadeloupe. Découvre le surréalisme et intervient dans la revue La Brèche. Fréquente le peintre érotique Pierre Molinier. Membre du groupe surréaliste bordelais Parapluycha. Études supérieures de psychologie, philosophie et littérature ; puis professeur agrégé d'arts plastiques. Père de trois enfants. (La Nouvelle Revue moderne.)
Extrait du livre :
La porte se referma net derrière lui. Il fit quelques pas hésitants, puis se souvint du flotteur de pêche et se ravisa. À l'autre extrémité de la rue qui à cette heure baignait dans une lueur d'aube glauque, il entrevit une silhouette furtive qui, d'un saut de côté, se mettait brusquement à l'abri d'une encoignure. Mais son attention était toute à la porte de la boutique qui était close définitivement puisqu'on avait même ôté le bec-de-cane. Il repartit, se sentant un peu stupide avec ses cahiers et ses crayons, et frustré du seul objet qu'il eût vraiment désiré. Les rues étaient de nouveau désertes ; il s'était laissé fasciner par l'antiquaire, alors qu'il vivait son dernier jour de congé, peut-être. Mais son humeur avait changé, il se sentait plus léger et plus dispos ; le temps passé au milieu des bizarreries n'avait pas été perdu et même il avait eu tort, songeait-il, de ne pas savoir dans l'instant profiter du divertissement qu'on lui offrait. Il est vrai que les deux autres devaient compter sur la stupéfaction des clients pour mener leur petit jeu scabreux. Et déjà il se mettait sur la pente des interprétations et des enjolivures qui lui fourniraient la matière d'un récit pour son amante. La servante, elle, avait passé la journée dans la basse salle de l'auberge. Et cette absence de nouveau l'habita. Ainsi marchant, il atteignit bientôt une rue, plus large que les précédentes, que bordait, sur l'autre trottoir, un long mur assez triste qu'il ne put se résoudre ni à approcher, ni à perdre de vue. Il alla donc sur la droite, selon la pente de la rue, et aboutit à une place ombragée par des platanes. En face, le mur s'interrompait sur une haute grille au-delà de laquelle on voyait s'étendre jusqu'aux murailles de la ville, qui semblaient clore le fond du champ, un immense cimetière absolument désert. Et, lorsqu'il se retourna, il se trouva vis-à-vis d'un haut édifice à ordres superposés. Jusqu'au fronton cintré, trois levées de pilastres soutenaient des corniches saillant sur leur entablement. La porte elle-même présentait au linteau un fronton courbe au-dessus duquel se voyait une table noire - de marbre peut-être - dont il ne put déchiffrer l'inscription non plus que celle du bandeau, noir également, qui courait sous la seconde corniche. Au deuxième niveau s'ouvrait un édicule à niche concave avec figure dont le cintre interrompait la troisième corniche. Sur cette dernière, l'attique ne comportait plus que deux pilastres jumelés, gainés et historiés, complétés d'un aileron cyclopéen dont la volute basse portait un pot à feu. La quatrième corniche qui les sommait était rompue à son tour par les volutes supérieures d'un blason écartelé qui, à l'aplomb de la porte, faisait le coeur de l'attique. Et, sur le grand cintre du fronton, le ciel gris allait se perdre dans les hauteurs ultimes. Mais à terre, autour de l'édifice et jusqu'entre les murs boutants, verdoyait une prairie plantée d'arbres épais : les bocages de la mort. Il était vis-à-vis de son temple hautain.
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