Isabelle Huppert

De famille bourgeoise (sa mère est professeur d'anglais férue de piano et son père dirigeant d'entreprise), elle passe sa jeunesse à Ville-d'Avray. Elle a trois sours et un frère : Élisabeth, énarque, qui s'est ensuite dirigée vers l'écriture et la...
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Isabelle Huppert

De famille bourgeoise (sa mère est professeur d'anglais férue de piano et son père dirigeant d'entreprise), elle passe sa jeunesse à Ville-d'Avray. Elle a trois sours et un frère : Élisabeth, énarque, qui s'est ensuite dirigée vers l'écriture et la réalisation ; Caroline devenue réalisatrice ; Jacqueline qui enseigne l'économie ; et Rémi qui, lui, est devenu écrivain.

Isabelle Huppert commence par étudier les langues slaves et orientales à la faculté de Clichy, dont elle sort titulaire d'une licence de russe, tout en suivant des cours d'art dramatique à l'école de la rue Blanche et au Conservatoire national d'art dramatique, où elle est l'élève de Jean-Laurent Cochet et d'Antoine Vitez.

Si elle effectue ses premières apparitions au cinéma dès 1972, chez Nina Companeez, elle se fait remarquer deux ans plus tard grâce à de jeunes metteurs en scène qui marquent le renouvellement du cinéma d'auteur français après l'expérience de la Nouvelle Vague, Bertrand Blier, dans Les Valseuses, et Bertrand Tavernier, dans Le Juge et l'Assassin. Ces deux films, chacun dans son genre, marqueront le public et la critique et permettront à l'actrice débutante d'affirmer un jeu distancié, tout en nuance et en profondeur: une partition singulière qui la distinguera des autres étoiles montantes de l'époque, Miou-Miou et Isabelle Adjani.

Isabelle Huppert bâtira sa carrière sur des choix exigeants, des films et metteurs en scène non-consensuels et élaborera des gammes d'interprétations jugées plus cérébrales et expérimentales qu'intuitives et authentiques. Ces partis pris et la grande discrétion (pour ne pas dire « méfiance ») dont elle fait preuve vis à vis des médias, lui assureront une filmographie prestigieuse, admirée des élites intellectuelles et bien éloignée des gros titres de la presse à scandale, mais la mettront régulièrement à distance des suffrages populaires et de ceux d'une partie de la profession qui l'écarta régulièrement du palmarès des César, lui préférant les grandes représentantes du Star System à la française (Catherine Deneuve et Isabelle Adjani entre autres).

Sa carrière prend véritablement son envol avec l'adaptation du roman de Pascal Lainé La Dentellière par le Suisse Claude Goretta, qui lui vaudra plusieurs distinctions internationales (BAFTA anglaise et Donatello italienne, équivalentes des César). Elle y tient le rôle d'une jeune shampouineuse introvertie, victime d'une déception amoureuse qui fait basculer son existence. Cette image victimaire et de fragilité maladive la poursuivra dans plusieurs de ses films des débuts, au risque de l'enfermer dans des compositions quelque peu répétitives (Les Ailes de la colombe, Benoît Jacquot, La Dame aux camélias, Mauro Bolognini). En même temps, elle contredit cette esquisse en donnant corps au personnage-titre de Violette Nozière, devant la caméra de Claude Chabrol. C'est son premier « rôle-limite », registre dans lequel elle affirmera, avec une redoutable fidélité, toute l'étendue de son talent, parvenant à rendre crédible la folie sans jamais verser dans l'hystérie. Violette Nozière fait en cela écho à La Pianiste (d'après le roman d'Elfriede Jelinek, Prix Nobel de Littérature) de Michael Haneke, chacun lui valant un Prix d'Interprétation au Festival de Cannes (seule actrice française à avoir réussi le doublé).

La lecture de sa filmographie traduit également la permanence de deux directions dans ses rapports avec la création : fidélité à des metteurs en scène et goût tout aussi assidu pour l'expérience auprès d'auteurs débutants. C'est ainsi qu'elle tourne plusieurs fois avec Bertrand Tavernier, Bertrand Blier, Jean-Luc Godard, Benoît Jacquot, Werner Schroeter ou Michael Haneke. Mais la complicité nouée depuis 1978 avec Claude Chabrol s'affirme comme une ligne de force où le dialogue instauré entre le maître et la muse devient quasiment l'objet même du film, comme ce fut le cas avec L'Ivresse du pouvoir en 2006, qui est autant une fiction sur un scandale politique contemporain qu'un documentaire sur l'actrice. Entre-temps, le duo aura exploré toute une série de genres dramatiques, de la comédie (Rien ne va plus, aux côtés de Michel Serrault) au drame social (La Cérémonie avec Sandrine Bonnaire, Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset et Virginie Ledoyen) ou historique (Une affaire de femmes), en passant par le film noir (Merci pour le chocolat, avec Jacques Dutronc) et l'adaptation littéraire (Madame Bovary). C'est d'ailleurs à Chabrol qu'elle doit l'obtention de son seul et unique César de la meilleure actrice en 1996, pour son interprétation de postière infanticide dans La Cérémonie; fait étonnant et paradoxal dans la mesure où Isabelle Huppert est la comédienne la plus nommée de toute l'histoire de la manifestation (treize nominations au total). Cette relative injustice semble néanmoins largement compensée par une razzia de récompenses à l'internationale, glanées aux European Awards ainsi qu'aux festivals de Venise, Berlin, Moscou, Thessalonique, Hambourg, San Sebastián, Taormine et Montréal.

Elle travaille tout aussi régulièrement avec la nouvelle génération de metteurs en scène qui apparaît au début des années 1990 et 2000, tels Christian Vincent, Laurence Ferreira Barbosa, Patricia Mazuy, François Ozon, Olivier Dahan Olivier Assayas, plus récemment encore, le Belge Joachim Lafosse. Comme elle le fit avec Maurice Pialat dans Loulou au côté de Gérard Depardieu, ou bien dirigée par Schroeter (Malina, Deux) et Haneke (La Pianiste, Le Temps du loup), elle n'hésite pas à doubler les risques en acceptant de tenir le rôle-titre de Ma mère, filmé par le jeune écrivain Christophe Honoré.

En 2017, elle est sacrée meilleure actrice aux César pour son rôle dans Elle de Paul Verhoeven.

(source Wikipédia)